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Le livre de la voie et sa façonQuatrième de couverture de Le livre de la voie et sa façon

À paraître

Le livre de la voie et sa façon

François Turner

  • Année 2026
  • Prix 10,00 €
remplir une coupe à ras bord n’est pas la remplir aiguiser et forger encore ne garde longtemps le tranchant or jade en nombre n’ont jamais gardé la santé les honneurs rendent l’homme fier.

s’incliner c’est être vainqueur plier se redresser être vide être plein et vieillir rajeunir avoir peu posséder s’agrandir diminuer ainsi le saint embrasse l’unité

Le poète et traducteur qualifie son travail de « mise en français » et non de traduction à proprement parler. Qu’importe ? Ne parle-ton pas, par exemple, de « version » quand il s’agit de passer du latin vers le français ? Ne s’agit-il pas toujours de « changer » (vertere) des mots d’une langue à une autre, dans une autre, et pour une autre ? Existe-t-il œuvre de traduction qui ne soit pas un long et lent et riche travail de va-et-vient d’une langue à l’autre, d’une époque à l’autre, d’un contexte à l’autre ? Et n’est-ce pas là tout le sel de ce travail, qui relie les Hommes par-delà les temps, par-delà les lieux, par la langue, ce grand échiquier, comme dirait Saussure ? Travail de haute humanité, s’il en est, la traduction veille à ne pas devenir trahison, écueil connu et hantise de tout traducteur, que nous rappelle la célèbre paronomase italienne « Tradittore tradutore ».

La présentation que Turner entreprend des écrits de Lao-Tseu ne manque pas d’audace.

Le texte original, dont il peut être rappelé qu’il fut d’abord écrit sur des bâtonnets de bambou, n’est plus versifié, comme il l’est dans nombre de traductions et adaptations. Il suit la ligne, d’un bout à l’autre de la largeur de la page, et ne recourt jamais à la ponctuation. Ni points, ni virgules, ni points-virgules, ni guillemets, ni tirets, ni parenthèses. Un texte pur, à l’état brut. Je ne dirai pas que cela n’ajoute pas une certaine exigence à la lecture. Mais, outre une grande fluidité, comme celle d’une eau qui coule sans rencontrer d’obstacle, l’intérêt de ce parti pris osé est d’obliger le lecteur à collaborer au  sens du texte, en l’amenant à placer lui-même les pauses là où elles doivent trouver leur place. Nulle précipitation n’est de mise, et Turner le sait, lui qui, loin de toute prétention à une herméneutique pour initiés, invite simplement, dans la forme même du texte, à respecter l’appel du grand maître chinois à se poser, à agir dans un non-agir, et à lire dans un non-lire, d’un lire qui serait déjà un écrire.

À paraître · parution imminente